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Rencontre avec SMES-B

26-04-17

Le SMES-B, acronyme signifiant Santé Mentale et Exclusion Sociale -Belgique, est une asbl puisant sa force dans l'articulation de trois axes de travail différents mais complémentaires. Le but étant de donner accès aux droits fondamentaux, aux soins en santé mentale et à la continuité de ceux-ci pour les personnes les plus précarisées présentant des problèmes de santé mentale.Nous les avons rencontrés afin de mettre en lumière leurs services, leur public et d’en savoir plus sur leur collaboration avec les professionnels de la 1ère ligne de soins.

 

Suite à quels constats et pour répondre à quel(s) besoin(s) non-couvert(s) une structure comme la vôtre a-t-elle été créée?

Dans les années 90, plusieurs professionnels de soins et du secteur social se sont réunis autour de la question précarité/santé mentale et des impasses auxquelles ils étaient confrontés lors de la prise en charge de ce public. Par où commencer pour initier un parcours de soin? Par les troubles psychiques ou les démarches sociales? Débutant par des intervisions autour de cas cliniques, la réflexion les a ensuite amenés à la création d'une équipe mobile venant en soutien des travailleurs sociaux et professionnels de soins. En 2002, et grâce à l’octroi d’une subvention allouée par la COCOF Santé et les Affaires Sociales de la Région de Bruxelles Capitale, la Cellule d’Appui médico-psychologique d’intersection entre la santé mentale et l’exclusion sociale a vu le jour.

 

Pratiquement, quels services offrez-vous ?

Le SMES-B est composé de trois équipes, chacune ayant ses missions et objectifs propres mais pour un seul et même public: les personnes en précarité et présentant des troubles en santé mentale. Des trois équipes, deux agissent sur le terrain: le projet Housing First qui propose un accès direct et sans condition à un logement, doublé d’un accompagnement mobile, pluridisciplinaire et sur-mesure et la Cellule d'Appui qui apporte un soutien au travailleur sur des questions qui touchent la grande précarité et la santé mentale. Enfin, la coordination du Réseau effectue un travail de création et de maintien de ce réseau via des intervisions réunissant les acteurs du social et de la santé mentale. Tout professionnel intéressé par ces questions y est le bienvenu.

 

Spécifiquement, quel type de demande vous est adressée? Qui fait appel à vous et dans quel cadre? Comment s'articule votre soutien aux professionnels de la santé de 1ère ligne?

Pour ce qui est du projet Housing First, la sélection des futurs locataires est réalisée par des associations partenaires et vise des personnes vivant dans la rue et présentant un cumul de problématiques de santé mentale et d’assuétudes. En ce qui concerne la Cellule d'Appui, les travailleurs font également appel à nous; le public cible n'étant que très rarement demandeur ou en refus de soins. Qui sont ces travailleurs? Les centres de services d'accueil d’urgences, les services hospitaliers, les travailleurs de rue, les CPAS, les assistants sociaux, les Maisons d’Accueil, les Maisons Médicales, . Nous accueillons la demande, en discutons en équipe et rencontrons le travailleur dans le but de dégager des pistes de travail. La personne concernée peut ensuite être rencontrée. Dans le cas d’une personne sans-abri, il faut s'armer de beaucoup de patience et créer un lien de confiance avant d'arriver à mettre les choses en place. Il est nécessaire pour nous, avant toute chose, de déceler la problématique amenée par le travailleur: est-ce le travailleur qui a besoin d'écoute, de réassurance et de soutien ou y a-t-il un réel besoin d'une prise en charge de la personne? Par ailleurs, le fait que le travailleur fasse appel à nous montre que celui-ci a une certaine ouverture d'esprit, qu'il s'est posé des questions et qu'il veut aller au-delà du travail déjà effectué. Mais sa démarche n’est pas toujours facile de par le fait qu’elle peut remettre en cause l’environnement institutionnel dans lequel il évolue. Les Maisons Médicales sont de plus en plus un allié dans le travail effectué. Celles-ci font souvent appel à nous dans le cadre de questions autour de la précarité car ils méconnaissent parfois le réseau et ne savent pas toujours vers qui se tourner. Dans cette optique, la Cellule d’Appui a mis en place des intervisions et formations afin de sensibiliser les professionnels aux questions de la précarité et de la santé mentale.

 

Quelles sont les spécificités/forces du SMES-B?

Une des forces du SMES est la transmission de l’intersectorialité, d'un esprit d'ouverture et de l'importance accordée au fait de placer la personne au centre des préoccupations. A la Cellule d’Appui, nous ne refusons jamais une demande même si elle ne relève pas au premier abord de notre domaine. Tout simplement car une part importante du travail effectué est la création du lien de confiance et de réseau que nous entretenons continuellement.

 

Quel est le plus gros challenge auquel vous êtes actuellement confronté?

En tant qu’équipe médico-psychologique mobile, nous devons faire face au manque de moyen humain et del'incapacité qui en découle de pouvoir développer les projets qui nous tiennent à coeur. Ces projets sont notamment des actions de prévention et d'accompagnement dans la rue, un travail plus proactif auprès des travailleurs sociaux afin de les aider dans leur quotidien et d’endiguer l'accroissement de la précarité et du sans abrisme.

 

Comment favoriser une dynamique inclusive envers ces publics et leur assurer l'accès aux soins via les médecins généralistes? Est-ce important pour vous et dans votre pratique quotidienne?

Le circuit de soin que nous connaissons est organisé dans un lieu précis avec un horaire de rendez-vous... une partie du public, celui auquel nous nous adressons, ne peut rentrer dans cette dynamique réglée et s'y conformer car cela ne lui correspond pas. La flexibilité de l'équipe médicale ou d'accompagnement est dès lors mise en jeu. Il est important de s'adapter à minima au fonctionnement de ce public si nous voulons travailler avec eux et les incorporer dans le système de soins. Certaines structures sociales qui, à priori, ne se déplacent pas ont bien compris cette notion et sont à même de s’ajuster quand cela est nécessaire.

 

Quels messages/conseils pourriez-vous donner à un professionnel de la 1ère ligne qui se trouve face à un patient présentant des troubles psychiques dans une situation de précarité?

D'après notre expérience, il faut toujours se rappeler que ceux ou celles que nous avons en face de nous sont des êtres humains avec leur propre parcours de vie, leurs besoins, leurs attentes.Chacun possède sa temporalité et réalité propre. Les idéaux des professionnels (idéaux de soins, de réinsertion,...) ne devraient pas empêcher une écoute attentive, centrée sur ce qui ne fonctionne pas pour la personne. L’aide que nous pouvons apporter doit se faire sans jugement. Ceci est d'autant plus important dans un secteur comme celui de la santé mentale car cela signifie que des comportements, qui peuvent être interprétés comme de la manipulation ou du non-respect, ne sont en fait que l'expression de la seule manière grâce à laquelle la personne a pu ou su agir. En résumé, il faut se garder de comprendre trop vite, éviter de faire de conclusion hâtive. Il est aussi essentiel de faire appel au réseau et de travailler avec celui-ci car, si le professionnel ne sait pas comment agir, il ne doit pas perdre de vue que d'autres professionnels sont là pour lui apporter aide et soutien. Le travail en réseau est fondamental.

 

Nous tenons à remercier chaleureusement le SMES-B d’avoir répondu à nos questions.

 

CONTACT ET INFORMATION

SMES-B asbl: http://www.smes.be/

 

 
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